Matoub Lounès, neuf ans déjà!

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Matoub Lounès, neuf ans déjà!

Message par espoir le Dim 24 Juin - 23:34

Ton étoile brillera à jamais
Jeudi 25 Juin 1998, peu après 13H00, Matoub a été victime d’un guet-apens sur le chemin de son retour chez lui à Taourirt Moussa, plus précisément à Tala Bounane. Le rebelle ne s’attendait nullement à ce que cette fois ci il laissera sa peau, lui qui a échappé plusieurs fois à la mort. Il était dans sa voiture, en compagnie de sa femme Nadia et de ses deux belles sœurs. Lounès le vaillant est mort l’arme entre les mains, après un accrochage violent avec ses assassins. L’information de sa mort s’est propagée telle une trainée de poudre dans tout le pays, c’était l'état de choc et la consternation partout, et la kabylie venait de perdre l’un des ses enfants chéris.
Des émeutes éclatèrent deux jours plus tard, où les fans de Matoub ont exprimé leur révolte en s’en prenant à tous ceux qui est symbole de l’état. Le calme n’est revenu qu’après l’appel de la famille du défunt, et ce pour permettre l’enterrement du rebelle dans la sérénité. Matoub a eu droit à des obsèques à la hauteur de son combat et de son engagement, des milliers de personnes de tout le pays se sont déplacées afin de rendre hommage à l’enfant de Taourirt Moussa.
Neuf ans déjà depuis que le rebelle nous a quitté, en laissant derrière lui un vide sidérale. Matoub le patriote et le démocrate nous manque cruellement en ces moments de doutes pour notre pays. Lui qui n’hésitait pas à mettre les pieds dans les plats, et à dire « tout haut ce que le peuple pensait tout bas ». Sa présence aurait été d’un grand apport pour les luttes démocratiques et identitaires, surtout en ces temps de reniement et de compromission. L’enfant terrible de Taourirt Moussa était un empêcheur de tourner en rond, il a beaucoup apporté pour la reconnaissance de l’identité amazigh, il a payé de sa vie son engagement pour une Algérie démocratique, républicaine et plurielle.
Matoub a préféré vivre auprès des siens, alors qu’il avait les moyens de vivre ailleurs. C’est là bas, dans les villages de sa chère kabylie qu’il se sentait à l’aise, et c’était dans les montagnes du djurdjura qu’il puise son inspiration et qu’il se ressource pour son combat pour la reconnaissance de l’histoire de son peuple.
Matoub nous a laissé un patrimoine immense et riche avec plus d’une trentaine d’albums, où il a chantait l’amour, le désespoir et les souffrances des siens comme seul lui pouvait le faire.
En ce neuvième anniversaire de sa disparition tragique, on ne peut que s’incliner devant sa mémoire, et tous ceux qui se reconnaissent dans ses combats, ceux de l’Algérie qui avance doivent reprendre le flambeau, c’est la meilleure récompense qu’on puisse lui faire, à lui et tous ceux qui se sont sacrifiés pour que l’Algérie ne sombre pas dans le fascisme intégriste.

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Re: Matoub Lounès, neuf ans déjà!

Message par espoir le Ven 29 Juin - 18:34

Le Figaro
Revue de presse
- le destin tragique de Nadia Matoub
Le 25 juin 1998, il y a tout juste neuf ans, le chanteur kabyle engagé Lounès Matoub était assassiné par un mystérieux commando en Algérie. Nadia, sa veuve, blessée lors de l’attentat et qui vit aujourd’hui à Paris, refuse la fatalité d’un crime sans coupable. Son combat pour la vérité et la justice prolonge une singulière histoire d’amour noyée dans le sang.
Quelques mois de bonheur intense, et la vie s’est brutalement figée dans un tragique arrêt sur image. À 31 ans, Nadia Matoub traîne sa douleur comme une âme en peine. Son mari, Lounès Matoub, chanteur adulé par la jeunesse dont il portait les colères et les espérances, était un personnage de roman. Son engagement pour les revendications kabyles et son laïcisme décomplexé en terre d’islam ne lui ont pas valu que des admirateurs. Lors des émeutes sanglantes d’octobre 1988 en Algérie, il avait été mitraillé à bout portant par des gendarmes. Comme par miracle, il s’en était sorti avec quelques séquelles et le vague à l’âme d’un écorché vif qui marquera son répertoire. En 1994, il est kidnappé par les sanguinaires du GIA, qui le relâchent au bout de deux semaines, sous la pression populaire. Le 25 juin 1998, la mort a fini par le rattraper.
Quelques jours plus tôt le chanteur est rentré de France où il avait terminé l’enregistrement d’un album explosif. Sur l’air martial de l’hymne national, D’Aghuru (« Trahison ») dénonce la collusion liberticide entre les apparatchiks corrompus du pouvoir FLN et les fous de Dieu qui veulent leur succéder. Sur une route de montagne, en Kabylie, un mystérieux commando est en embuscade. Une pluie de rafales. Du sang... Celui que les jeunes surnommaient affectueusement « le Rebelle » est mort. Nadia et ses soeurs, Ouerdia et Farida, survivent miraculeusement à leurs blessures. On relèvera sur la voiture 78 impacts de balle. Fin tragique d’une bien singulière histoire d’amour, qui a bousculé le conservatisme des familles traditionnelles.
Pour Nadia, sixième d’une fratrie de neuf enfants, la romance a commencé alors qu’elle avait 7 ans. Le regard triste, elle replonge dans ses souvenirs : « Mes frères adoraient les chansons de Lounès , qui était alors la star montante. J’étais imprégnée de sa poésie ; ses textes me transperçaient. » Au lycée, il devient son maître à penser, son gourou. À tel point qu’il arrive à Nadia d’apostropher ses camarades : « Est-ce conforme aux enseignements de Lounès ? » Vers 15 ans, lorsqu’elle ressent ses premiers émois d’adolescente, c’est pour le héros de ses rêves, le prince charmant qu’elle n’a pourtant jamais rencontré, que son coeur bat la chamade. Derrière la voix rauque du chanteur se profilent les vibrations de l’homme, objet de tous les fantasmes. Même s’il est déjà marié, et qu’il est son aîné de vingt ans, son image devient une obsession.
Au printemps 1997, Nadia est étudiante en architecture à l’université de Tizi-Ouzou, capitale régionale de la Kabylie, où, fuyant les maquettes et les tables à dessin, elle monte ses plans pour rencontrer l’idole. Elle apprend qu’il est rentré de France, qu’il est au village, à Béni Douala, distant d’une vingtaine de kilomètres. Il vient de divorcer. Elle décide de plonger. Dès le premier regard, le coup de foudre est réciproque. Ils se marieront quelques mois plus tard.
À 21 ans, la jeune femme vit sur un nuage. « Le Rebelle » reprend goût à la vie, tombe la carapace et laisse parler son coeur. « Nous avions de longues discussions au coin du feu ou sur le balcon de la chambre. Nous passions nos soirées à rire et à jouer comme des enfants. Mais aussi à parler de sujets graves, parfois morbides. » Entre deux éclats de rire, le spectre de la mort, qui hantait déjà le répertoire du chanteur, se glisse au milieu des confidences. « Si je devais mourir, tu dois continuer à vivre pour moi », répétait-il, poussé par un étrange pressentiment. « Je ne pouvais concevoir la vie sans lui, ni de lui survivre s’il devait mourir », se souvient Nadia, le regard larmoyant. Pour son dernier album, Lounès Matoub doit retourner en France. La séparation est un déchirement. Nadia attend un visa pour le rejoindre. Elle pense déjà à tous ces lieux mythiques de la vie parisienne qu’elle rêve de découvrir avec lui. Et à l’enfant qu’ils projettent d’avoir. L’idylle se termine tragiquement sur une route de montagne.
Pendant plusieurs jours, les jeunes révoltés de Kabylie, orphelins de leur porte-drapeau, crient leur colère dans la fureur, et saccagent les symboles de l’État en scandant : « Pouvoir assassin ! » Une décennie après le drame, Nadia Matoub, toujours vêtue de noir, n’a pas encore fait son deuil. Après avoir survécu à une rafale de kalachnikov dans le ventre, elle a failli perdre la raison sous la pression de rumeurs perfides qui l’avaient ciblée lorsqu’elle avait émis des réserves sur la version officielle de l’attentat.
Son amour pour Lounès l’a aidée à ne pas sombrer dans la démence : « Dans les moments de désespoir, je m’oblige à vivre pour lui. Je ressens toujours sa présence, même si j’ai fini par réaliser qu’il ne reviendra plus. » Dans l’appartement de la banlieue parisienne qui a accueilli sa détresse, elle cultive le souvenir du chanteur iconoclaste, dans la discrétion. Malgré un courage digne des princesses berbères antiques, le masque craque, laissant apparaître des plaies toujours à vif.
Dans ce combat éthique pour la vérité et la justice, la jeune veuve apparaît bien seule. Sa détermination résonne comme un défi aux bien-pensants d’une réconciliation en trompe-l’oeil : « Les plaies qui déchirent encore mon corps et mon âme refusent de cicatriser tant que la justice n’aura pas repris ses droits. Une justice sans haine ni passion. Mais une justice qui doit protéger les victimes et punir les coupables ».
lundi 25 juin 2007
Arezki Aït-Larbi, Le Figaro

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